Il y a des images qui ne m’ont jamais quittée.
Celle d’une femme qui se regarde dans le miroir de sa chambre d’hôpital, le matin de sa sortie. Elle est en rémission. Elle devrait être heureuse et quelque part elle l’est. Mais ce qu’elle voit dans ce miroir, ce n’est plus tout à fait elle. Il y a ce torse marqué, ces cicatrices qui racontent la guerre qu’elle a menée. Les sourcils absents, emportés par la chimio avec le reste. Les lèvres pâles et les cils qui ne sont plus là.
Elle a survécu. Mais elle ne se reconnait plus.
J’ai passé des années avec ces femmes et ces hommes. D’abord en cancérologie, ensuite en chirurgie plastique reconstructrice. J’ai vu ce que le cancer fait aux corps. La maladie elle-même, mais aussi les traitements, les chirurgies, leurs séquelles. J’ai tenu des mains avant des opérations. J’ai regardé des gens affronter leur reflet. Et j’ai compris, à force, que la guérison médicale et la guérison intime ne se font pas en même temps.
Ce que le cancer fait au corps et au regard qu’on pose sur soi
Parler de mastectomie, de chimiothérapie ou de radiothérapie à quelqu’un qui n’en a pas été proche, c’est difficile. Les mots existent (ablation, reconstruction, alopécie) mais ils manquent de substance. Ils ne disent pas vraiment ce que ça fait de vivre dans ce corps-là.
La chimiothérapie emporte les cheveux, les sourcils, les cils. Par plaques d’abord, puis presque tout. Le visage change de structure. Les repères s’effacent. Les sourcils, qu’on ne remarque jamais quand ils sont là, deviennent soudainement le cadre absent. Sans eux, les expressions changent. Le regard se perd. Les gens ne vous reconnaissent plus de loin. Parfois vous ne vous reconnaissez plus vous-même.
Après une mastectomie le corps porte une autre histoire. La chirurgie reconstructrice a fait de gigantesques progrès. Mais les cicatrices restent. Et surtout : l’aréole, cette petite zone pigmentée autour du mamelon, si chargée symboliquement, si liée à l’idée du corps féminin, la reconstruction chirurgicale ne la recrée pas toujours avec le rendu souhaité, ou en est incapable. Son absence, pour beaucoup de femmes, c’est la marque visible de ce qu’elles ont du endurer.
Une cicatrice sur l’abdomen, on peut la couvrir. Une aréole absente ou défigurée, on la retrouve à chaque fois qu’on se déshabille. Sous la douche, chaque rendez-vous intime.
La dermopigmentation : finir le travail, dans le bon sens du terme
Quand j’ai découvert la dermopigmentation, j’ai compris immédiatement ce qu’elle pouvait apporter à ces femmes et à ces hommes que j’avais accompagnés pendant des années.
C’est une technique de tatouage médical et esthétique qui consiste à implanter des pigments dans les couches superficielles de la peau. Avec précision. Avec art. Pour recréer ce que le temps, la maladie ou la chirurgie ont effacé.
Ce n’est ni de la magie ni une prouesse médicale au sens clinique. C’est quelque chose d’autre. C’est de la restauration qui redonne à la personne sa vraie lumière.
Pour les sourcils perdus pendant la chimio : Je peux recréer une ligne complète, sourcil par sourcil si nécessaire, en respectant la morphologie de votre visage. Le résultat sera aussi naturel que possible. Les personnes autour de vous verront que vous avez de beaux sourcils. Ils ne sauront pas que je les ai tracés.
Pour les cicatrices de mastectomie : Le camouflage par dermopigmentation peut atténuer les cicatrices, les rendre moins visibles, les fondre dans la peau environnante. Ce n’est pas un effacement total, car la peau garde sa mémoire, mais c’est souvent suffisant pour que le regard ne s’arrête plus là.
Pour la reconstruction aréolaire : C’est peut-être l’intervention la plus chargée de sens pour moi. Recréer une aréole par pigmentation redonne une cohérence visuelle au sein reconstruit. Beaucoup de femmes me disent, après cette séance, qu’elles ont l’impression de pouvoir tourner la page, de ne plus être rappelée à leur cancer chaque matin en se levant.
Ce que j’apporte avec ma petite personne
Avec mon métier d’infirmière, j’ai vu des mastectomies, des reconstructions, des résultats à six mois, à deux ans. Je sais ce que font les cicatrices en vieillissant. Je connais les contraintes des peaux qui ont été irradiées. Elles sont plus fragiles, elles cicatrisent différemment, elles réagissent autrement aux pigments. Je sais qu’une peau post-radiothérapie demande plus de douceur, plus de temps et une adaptation permanente pendant la séance.
Et je sais, surtout, ce que ça représente émotionnellement pour la personne allongée devant moi. Je n’arrive pas dans cette séance sans mémoire. J’ai rencontré des femmes dans des moments bien plus difficiles que celui-là et je met maintenant mes mains à leur service d’une façon différente.
Réparer. Toujours réparer. Avec de l’amour et de la précision.
La consultation : le moment le plus important
Avant toute séance sur une personne qui sort d’un cancer, je souhaite faire une consultation approfondie. Elle peut se faire en visio si vous préférez ne pas vous déplacer d’emblée. On parle de votre parcours, de là où vous en êtes, de ce que vous souhaitez. On parle aussi des contraintes : délais post-traitement à respecter, état de la peau, contre-indications éventuelles.
Je ne commence jamais par le dermographe. Je commence par vous écouter.
Ce que vous vivez a un nom, même si les mots manquent parfois. Et ce que vous souhaitez : vous reconnaître dans votre miroir, reprendre possession de ce corps qui a tant subi, c’est une aspiration profondément légitime. Ce n’est pas de la coquetterie. C’est de la reconstruction, au sens le plus entier du terme.
Vous souhaitez en savoir plus ou prendre rendez-vous ? Écrivez-moi à audrey@lestudiodermo.fr
Le Studio Dermo — Bordeaux Caudéran / Le Bouscat




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